Sur les pas des impressionnistes en Normandie
Publié le 31 août 2026
Giverny, Honfleur, Le Havre, Étretat, Rouen : les lieux où l'impressionnisme est né et ce qu'on peut encore y voir aujourd'hui.
L’impressionnisme est né en Normandie, et le mot lui-même vient d’un tableau peint au Havre. En 1872, Monet intitule une vue du port Impression, soleil levant ; deux ans plus tard, un critique reprend le terme par dérision pour qualifier le groupe. Le nom est resté.
Ce n’est pas un hasard géographique. La côte normande a réuni au XIXe siècle trois conditions : une lumière changeante sur l’eau, le chemin de fer qui met la mer à quelques heures de Paris, et une clientèle de bains de mer qui achète des tableaux.
Honfleur et la ferme Saint-Siméon
Avant l’impressionnisme, il y a l’école de Honfleur. Eugène Boudin, né dans le port en 1824, peint le ciel et la plage sur le motif, dehors, ce qui est alors inhabituel. Il rencontre le jeune Monet au Havre et le convainc de sortir de l’atelier — un épisode que Monet racontera toute sa vie comme le moment décisif.
Boudin, Jongkind, Courbet et d’autres se retrouvent à la ferme Saint-Siméon, sur les hauteurs de Honfleur. Le musée Eugène Boudin conserve aujourd’hui l’ensemble le plus cohérent de cette école. Honfleur compte 32 lieux recensés, dont 9 galeries d’art qui prolongent la tradition, avec le mélange habituel des villes touristiques.
Le Havre, où tout a un nom
Le port que Monet a peint a été détruit en 1944, puis reconstruit par Auguste Perret. La vue de Impression, soleil levant n’existe plus telle quelle — mais le MuMa – musée d’Art moderne André Malraux possède l’une des plus importantes collections impressionnistes de France, dans un bâtiment de verre posé face à l’entrée du port.
C’est le musée le plus riche de la région sur le sujet, avec un fonds Boudin considérable et des Dufy, natif de la ville. Le Havre compte 103 lieux recensés et 11 galeries d’art.
Étretat, le motif
Les falaises d’Étretat ont été peintes par Courbet, Boudin, Monet — une cinquantaine de toiles pour ce dernier — et par bien d’autres. La Porte d’Aval et l’Aiguille sont probablement le paysage le plus représenté de France après la Sainte-Victoire.
L’intérêt du lieu, pour qui suit cette piste, est qu’il n’a pas changé : on peut se placer exactement là où Monet a posé son chevalet et comparer. La lumière de fin de journée, rasante, fait ressortir les strates de silex — c’est celle qu’il cherchait.
Rouen et la série des cathédrales
Entre 1892 et 1894, Monet peint une trentaine de fois la façade de la cathédrale de Rouen, depuis une fenêtre louée en face, à différentes heures et par différents temps. La série est l’aboutissement de sa démarche : le sujet n’est plus le monument, mais la lumière qui le traverse.
Le musée des Beaux-Arts de Rouen conserve un fonds impressionniste important, dont une toile de la série. La ville compte 13 musées et 28 galeries d’art recensées, la plus forte concentration de Normandie.
Giverny, le jardin comme atelier
Monet s’installe à Giverny, dans l’Eure, en 1883, et y passe les quarante-trois dernières années de sa vie. Il y crée de toutes pièces le jardin d’eau, le bassin aux nymphéas et le pont japonais, puis les peint pendant des décennies.
La maison et les jardins se visitent d’avril à début novembre. C’est le site le plus fréquenté de ce parcours, et de loin : venez à l’ouverture, ou en fin de journée. Giverny compte 8 lieux recensés — un chiffre qui rappelle qu’on y vient pour une seule chose.
Le musée des Impressionnismes, à quelques centaines de mètres, complète la visite avec des expositions temporaires.
Un itinéraire en trois jours
Jour 1 : Giverny le matin, puis Rouen — musée des Beaux-Arts et cathédrale en fin d’après-midi, quand la lumière tourne.
Jour 2 : Le Havre et le MuMa, puis Étretat pour la fin de journée sur les falaises.
Jour 3 : Honfleur, le musée Boudin et le Vieux Bassin, puis la côte Fleurie que peignait Boudin — Trouville et ses cabines de plage.
Ce qu’on ne voit plus
Une honnêteté s’impose : une partie des lieux peints a disparu. Le port du Havre de 1872 a été rasé par les bombardements, les plages de Trouville sont bâties, la gare Saint-Lazare est à Paris.
Ce qui subsiste intact, ce sont les falaises, la lumière de l’estuaire et le jardin de Giverny — que Monet a d’ailleurs entièrement fabriqué. Il est assez logique que le lieu le mieux conservé de ce parcours soit celui qu’un peintre a créé lui-même.
Trouville, Deauville et les bains de mer
Boudin a passé des étés entiers à peindre les plages de Trouville : non pas la mer, mais les baigneurs, les crinolines, les ombrelles et les cabines alignées. Ses « scènes de plage » documentent l’invention même du tourisme balnéaire.
Le chemin de fer arrive à Trouville en 1863, et la bourgeoisie parisienne avec lui. Deauville, créée de toutes pièces à la même époque, prend le relais. Les deux villes se font face de part et d’autre de la Touques et n’ont pas le même caractère : Trouville est restée un port de pêche, Deauville a été dessinée pour le loisir.
Quand y aller
La lumière est le sujet de ce parcours, autant que les tableaux. Les impressionnistes normands cherchaient les ciels changeants, les brumes d’estuaire et les fins de journée — pas le plein soleil d’été.
Avril, mai, septembre et octobre offrent les conditions qu’ils peignaient. Un jour de ciel encombré à Étretat ou au Havre vous en apprendra plus sur ces toiles qu’une journée bleue.
Giverny fait exception et suit son propre calendrier : le jardin ouvre d’avril à début novembre, et les nymphéas fleurissent de juin à septembre.
Les galeries d’aujourd’hui
La tradition n’est pas éteinte. La région recense 127 galeries d’art, avec trois foyers principaux : Rouen (28), Le Havre (11) et Honfleur (9).
À Honfleur, la densité s’explique par le tourisme autant que par l’histoire, et la qualité y est très inégale. À Rouen, le Hangar 107 sur la rive droite est consacré à la création contemporaine.